Réduction des déchets : enjeu majeur en Finistère

Apprendre à réduire nos déchets.

Le Plan départemental de prévention et de gestion des déchets ménagers et assimilés (PDPGDMA) 2008-2018, dont la mise en œuvre est copilotée par le Conseil général et le SYMEED, prévoit des objectifs ambitieux articulés autour de trois mots clés : réduction, valorisation, coopération. La Semaine européenne de réduction des déchets (19-27 novembre) fournit l’occasion idéale de rencontrer celles et ceux qui, à leur niveau et leur façon, contribuent aux avancées concrètes : moins de nuisances et de gaspillages, plus d’emplois, davantage de lien social…

Le bois local de Douar Énergie chauffe la piscine

Lorsque la Cocopaq et la commune de Scaër envisagent au début des années 2000 la rénovation de la piscine, les agriculteurs de l’association Douar Scaër proposent de mettre sur pied une filière locale pour approvisionner une chaudière à bois et non plus au fioul. « Cette idée était cohérente avec d’autres projets que nous portions à l’époque, tels la centrale hydroélectrique de Cascadec et le parc éolien de Mine Kervir », se souvient François Bleuzen, ancien maire de Scaër.

« Nous nous sommes mobilisés localement, et avons avancé rapidement grâce à l’appui de l’ADEME Bretagne pour évaluer les besoins et les volumes disponibles, les techniques de séchage, et monter les dossiers d’aides pour appuyer le démarrage. L’objectif était de chauffer la piscine avec une ressource renouvelable et abondante localement. » Depuis la réouverture de la piscine en 2004, le pari est gagné. Les agriculteurs scaërois se sont organisés au sein de Douar Energie, association à but commercial qui organise l’abattage, le broyage, le transport, le séchage et la livraison du bois à la piscine. « Le prix de revient du bois déchiqueté que nous achète la Cocopaq comprend la rémunération de ces différents travaux, qu’ils soient effectués par des agriculteurs, par des entreprises sous-traitantes locales ou par des membres de l’association qui perçoivent alors une indemnité en dédommage- ment », explique Jean-François Bourhis, l’un des sept administrateurs de Douar Energie.

Ce projet a fait depuis des émules, qu’il s’agisse de piscines ou d’autres infrastructure. Pour accompagner cette hausse de la demande, la Cocopaq et la 4C cherchent à assurer la sécurité de l’approvisionnement. « L’enjeu aujourd’hui pour nous agriculteurs est de contribuer à cette coordination de l’approvisionnement au niveau territorial tout en conservant notre indépendance! », conclut Jean-François Bourhis.

Des tracteurs moins gourmands en carburant

En regroupant plusieurs exploitations pour gérer en commun du matériel rarement rentable pour une seule ferme, les Cuma (Coopératives d’utilisation du matériel agricole) ont toujours été des lieux privilégiés d’apprentissage et de diffusion de nouvelles techniques.

Avec 190 Cuma regroupant environ la moitié des agriculteurs du Finistère, la FD Cuma, poursuit le chemin en accompagnant ses adhérents dans l’adoption de techniques plus respectueuses de l’environnement, et souvent plus douces aussi pour leur trésorerie tendue.

Des gestes simples

L’un des objectifs forts concerne la diminution de la consommation de carburant des tracteurs, et pour ce faire la FD Cuma et l’ Association d’ini- tiatives locales pour l’énergie et l’environnement passent chaque année dans le Finistère « 110 à 120 tracteurs au banc d’essai », estime Alain Laurec, directeur de la fédération finistérienne. « Ayant testé la conformité de leurs véhicules aux normes des constructeurs, nos adhérents améliorent énormément leurs performances en effectuant si besoin des gestes souvent très simples : nettoyer ou changer les filtres à air et à gasoil ou régler les pompes d’injection… comme pour des voitures ! » Des tests de conduite sur un même parcours donnent des résultats de consommation de carburant variant au moins de 20 à 30%, parfois près de 50% !

« Le potentiel d’économies de carburant est encore plus important en modifiant son itinéraire cultural, en limitant le nombre de passages en tracteur ou en maîtrisant des techniques sans labour, ou au moins en labour peu profond », affirme Alain Laurec.

Ces changements se font en cohérence avec un autre volet des actions menées : la promotion de techniques alternatives à l’usage de pesticides, comme le binage mécanique. En effet, les nouvelles bineuses frontales laissent la place à un autre outil à l’arrière, ce qui limite à la fois le nombre de passages en tracteurs et l’usage d’herbicides.

Renseignements : fd.29@cuma.fr et www.ouest.cuma.fr

Les maisons écologiques du charpentier

Jean-François Hamon construit des maisons en bois. Il travaille avec des essences locales, choisi  des isolants végétaux et tente de convaincre ses collègues artisans que pour concevoir une maison écologique ils doivent travailler ensemble en apprenant à se parler.

Fils de menuisier-charpentier, ce n’est pourtant qu’après avoir exercé bien d’autres métiers qu’il choisit finalement la charpente au début des années 2000. Mais pas n’importe laquelle : il s’initie à la construction écologique au sein de l’entreprise de Bruno Mercier, pionnier finistérien de la construction en bois propre. « J’y ai appris à travailler avec du bois non traité, des essences les plus locales possible, à éviter les produits secs solvants, à poser des isolants végétaux. »

« Mes fournisseurs ? Confiance et proximité ! »

Début 2010, il franchit le pas et crée son entreprise. Le défi consiste à trouver les bons fournisseurs, ceux avec qui il noue des relations de confiance, de proximité. « Les politiques commerciales des grandes enseignes ne me conviennent pas, je ne recherche pas la bouteille de champagne ou le voyage organisé qu’offrent souvent les fournisseurs à leurs meilleurs clients. Je souhaite que le travail de chacun soit payé à sa juste valeur. » Il s’approvisionne auprès de scieries du Nord-Finistère et de la Copab*.

« la profession n’est pas en retard »

Pour rester un charpentier heureux, il faut pouvoir rester fier de son travail, en assurer la pérennité. Le point-clef est l’étanchéité. « Le bois humide pourrit car il devient le lieu de vie idéal des insectes, des champignons. Les murs et le toit ne doivent pas laisser entrer l’eau, mais doivent la laisser sortir. Les différents artisans intervenant sur un même chantier doivent apprendre à se parler, à comprendre les objectifs et les contraintes de chaque corps de métier. Eviter les ponts thermiques et assurer l’étanchéité doivent être des objectifs communs. Si mon frein vapeur est percé ou mon isolant découpé sur 50cm2 pour faire passer une gaine, la performance énergétique globale du bâtiment est remise en cause ! » Un changement d’état d’esprit est en cours estime Jean-François Hamon, qui voit la profession évoluer dans ses méthodes de travail. « L’offre de formation de la filière n’est pas en retard , se réjouit-il, la CAPEB et l’ARFAB** mettent l’accent à la fois sur la nécessité de travailler ensemble et sur les questions techniques précises.»

 

* Coopérative des Professionnels Artisans du bois (Saint Thois) : www.copab.fr
** Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment: www.capeb-finistere.fr
** Association Régionale de Formation des Artisans du Bâtiment : www.arfab-bretagne.fr

En savoir plus: http://maisoneco.com