Associer l’ensemble des forces vives par Jean-Luc Videlaine, Préfet du Finistère

Jean-Luc Videlaine

Jean-Luc Videlaine
Préfet du Finistère

L’organisation de ce 6e Forum de l’Insertion par le Conseil général du Finistère est l’occasion de rappeler l’engagement de l’ensemble des pouvoirs publics, et notamment celui de l’Etat en matière de lutte contre toutes les formes d’exclusion, en particulier des publics les plus fragiles.

L’année 2013 aura été une année de mobilisation particulièrement forte en matière de lutte contre le chômage des jeunes. Avec les Emplois d’Avenir, quelques 700 jeunes Finistériens peu qualifiés ont retrouvé un emploi et une possibilité de formation. Ce coup de pouce de l’Etat – jusqu’à 75% du coût des postes – a permis un résultat réel sur le chômage des jeunes. En plus d’un accès facilité au marché du travail, non négligeable dans le contexte économique actuel, ce dispositif fait naître chez les jeunes une légitime fierté et le sentiment d’être utiles et enfin reconnus.

C’est également au nom de l’insertion que nous déployons l’ensemble des contrats aidés, CAE et CIE. Quelques 5 000 demandeurs d’emplois ont ainsi bénéficié en 2013 d’une mesure emploi, leur permettant de sortir d’un chômage souvent destructeur, notamment lorsqu’il s’exerce sur la longue durée.

Je n’oublie évidemment pas que le Finistère a été retenu, parmi 10 sites nationaux, pour la mise en œuvre expérimentale de la « Garantie Jeunes ». Ce choix honore notre capacité collective à accompagner les jeunes en situation de vulnérabilité vers un emploi durable et une réelle autonomie. Ce sont 1 003 jeunes précisément qui bénéficieront d’un accompagnement intensif assuré par les Missions Locales et d’une garantie de ressources minimales. En contrepartie, ces mêmes jeunes s’engageront à temps plein à se mettre en situation de travail et d’acquisition de compétences.

Au moment où se construit un Pacte d’Avenir pour la Bretagne, en réponse aux difficultés structurelles de notre économie, il me semble nécessaire de rappeler l’importance de l’insertion de tous les publics : c’est en y associant l’ensemble des forces vives que de telles initiatives pourront être pleinement porteuses d’avenir.

La proximité au service des bénéficiaires du RSA

Interview de Marie Gueye, Conseillère générale chargée de l’insertion sociale et professionnelle

Qui anime la Commission Locale de Lutte contre l’Exclusion ?
Les 11 Commissions Locales de Lutte contre l’Exclusion (CLLE) du Finistère sont pilotées par le Conseil général. Elles se composent chacune de quatre collèges : Conseil général et Etat ; communes et intercommunalités ; système éducatif et institutions, entreprises, organismes ou associations intervenant dans le domaine économique et social ou en matière de formation professionnelle ; bénéficiaires du Rsa.

A quoi sert-elle ?
Dans son action opérationnelle au quotidien, la CLLE exerce en proximité de nombreuses missions très concrètes au service des bénéficiaires du Rsa. Elle examine les situations des bénéficiaires réorientés. Elle étudie les arguments et donne son avis sur les suspensions, réorientations, renouvellements de certains contrats, dérogations… Elle examine les dispositifs d’aide* mis en œuvre par le Conseil général et ses partenaires à destination des personnes en difficulté d’insertion ou en situation d’exclusion sociale (logement, mobilité, santé…). Au terme de ce processus collectif, fait d’échanges et de confrontations de regards, chaque CLLE décide de l’attribution des aides à l’insertion sur son territoire.

Quelle est son autre mission principale ?
Dans sa composition plénière (en présence de l’ensemble des partenaires), elle a pour mission de contribuer à la préparation des programmes d’action du comité de Pays de Lutte contre les Exclusions (CPLE). Ce qui revient à promouvoir les axes de la politique départementale en matière d’insertion et de l’adapter aux besoins des personnes.

Quel est le rôle des représentants des bénéficiaires du Rsa ?
Ils apportent une expertise d’usage. Leur avis consultatif est pris en considération. Ils sont tous volontaires et bénéficient d’une sensibilisation en amont. Aux côtés des 22 titulaires (2 par CLLE), un vivier de 230 suppléants est prêt à assurer la continuité de la représentation des bénéficiaires. C’était d’ailleurs une demande de leur part. Le Conseil général a par ailleurs conçu un « Guide du représentant des bénéficiaires du Rsa » à fort contenu pédagogique car il est vrai que l’insertion constitue un univers complexe dont le jargon n’est pas toujours facile à décrypter.

*Avenir Jeunes 29 (AJ29), Aide individuelle de solidarité active (AISA), Aide personnalisée de retour à l’emploi (APRE),
Fonds solidarité logement (FSL), Accompagnement social lié au logement (ASLL)…

PEEPI, une étoile pour le parcours d’insertion

Pour accompagner les familles monoparentales, bénéficiaires du Rsa, dans la construction de leur parcours d’insertion vers l’emploi, le Conseil général a mis en place en octobre 2010, une méthodologie expérimentale sur les territoires de Brest et de Landerneau. Cette méthode d’intervention, appelée PEEPI, pour Protocole d’Élaboration et d’Évaluation des Parcours d’Insertion, permet aussi bien de construire des parcours en côte à côte avec les familles que d’harmoniser les pratiques et de coordonner les acteurs de l’insertion au sein d’un même territoire.

Lors d’un premier entretien, le bénéficiaire auto-évalue sa situation dans différents champs de la vie quotidienne (logement, budget, santé, formation, citoyenneté…). Il repère les freins dans l’avancée de son projet, grâce à un schéma en forme d’étoile, qui fait le point sur ses atouts et ses difficultés. Le professionnel de l’insertion doit rechercher ensuite auprès de l’ensemble des acteurs de l’action sociale et de l’insertion du territoire, toutes les actions susceptibles de lever ces freins et de prendre appui sur ces atouts. « Le groupe de partenaires sociaux permet de mutualiser les compétences, de mieux connaître l’offre d’insertion existante, de savoir qui fait quoi localement et de trouver collectivement et avec la famille, des réponses », précise Elisabeth Le Bris, coordinatrice de l’expérimentation. Des propositions sont présentées au bénéficiaire qui choisit parmi un large éventail de possibilités ce qui l’aidera le plus. Il définit des objectifs et des priorités dans les actions à mener pour avancer dans la réalisation de son projet d’insertion.

Une évaluation est réalisée au bout de six mois de façon à impulser des actions nouvelles et à optimiser celles qui sont déjà amorcées. Sur les 126 familles qui ont bénéficié du dispositif, 79 en sont sorties : 24% ont trouvé un emploi, 9% ont été orientées vers Pôle emploi ou le PLIE, ayant gagné en confiance pour valoriser leurs compétences et mener leur projet professionnel.

COALLIA, pour l’insertion vers l’autonomie

C’est une convention tripartite entre la ville de Morlaix, le Conseil général et l’association Coallia qui fixe les termes de la mission d’accompagnement social renforcé que cette dernière mène auprès d’un public de 18 à 60 ans domicilié au CCAS, hébergé ou en logement autonome, sur l’agglomération de Morlaix.
L’accompagnement individualisé de huit mois renouvelables, aide les personnes à acquérir ou retrouver des capacités d’autonomie suffisante pour s’engager dans un parcours d’insertion durable. Pour ce faire, des entretiens réguliers avec des éducateurs spécialisés permettent d’identifier les freins dans le parcours d’insertion de la personne, de redéfinir un projet adapté à ses difficultés et ses potentiels. « Une fois l’identité personnelle restaurée, nous pouvons engager la personne dans une dynamique de projet en lui fixant des objectifs concrets et à court terme », explique Gwen Le Bars, directeur de l’Unité territoriale du Finistère chez Coallia.
123 personnes ont été accompagnées depuis 2011 par l’association. Il s’agit d’un public masculin à 70%, isolé le plus souvent, souffrant d’addiction pour 46% d’entre eux ou plus généralement d’un problème de santé à 91 %, en situation de surendettement à 43% et qui dispose à 76% d’un niveau scolaire égal ou inférieur au niveau 5 (CAP, BEP, brevet). « Nous aidons ce public en grande précarité à gérer leur budget, à constituer des dossiers de surendettement, à les orienter vers des formations ou des emplois, à trier leurs courriers laissés en souffrance, à leur trouver un logement. Notre accompagnement « cousu main » est multiple et s’adapte aux besoins de la personne », résume Gwen Le Bars. Parmi les 77 personnes sorties du dispositif, 31 ont vu leurs ressources financières augmenter ou se stabiliser, 20 étaient en formation ou en emploi à la sortie de l’accompagnement.

Revenu de solidarité active, mode d’emploi

Le Rsa socle, financé par le Conseil général, garantit des ressources aux foyers sans revenus. Le Rsa activité, financé par l’Etat, assure un complément de revenu d’activité professionnelle à ceux qui se trouvent au bas de l’échelle des salaires.
Les bénéficiaires du Rsa socle et/ou activité (revenu d’activité inférieur à 500€ au cours des trois derniers mois pour une personne seule) sont tenus de s’engager dans une démarche d’insertion en contrepartie de la prestation perçue. Droits (allocation, accompagnement social et professionnel individualisé organisé par un référent unique désigné par le Conseil général…) et devoirs (Projet Personnalisé d’Accès à l’Emploi (PPAE) ou contrat d’engagement réciproque, recherche d’emploi ou démarches nécessaires à la création d’activité…) sont indissociables.
Le site www.caf.fr comporte un lien « estimer vos droits au Rsa ». Ce test n’a toutefois qu’une valeur indicative. Son résultat devra être validé après examen complet de votre dossier. Si vous exercez une activité professionnelle, il vous faudra compléter et signer le(s) formulaire(s) proposé(s) en téléchargement. Si vous n’exercez aucune activité, vous serez invité à vous rendre auprès de l’organisme qui instruira votre demande (Caf ou Msa, Conseil général, centre communal d’action sociale, association agréée). Lors de cet entretien, l’ensemble de vos droits pourra être évoqué, notamment en matière de couverture maladie.
Très important : vous devez déclarer vos ressources chaque trimestre. Vos droits en dépendent. Vous pouvez effectuer cette démarche sur le site de la Caf (« Mon compte », rubrique « Mes démarches »). Sinon, retournez le formulaire de « déclaration trimestrielle de ressources » complété que la Caf vous adresse tous les 3 mois. Le montant du Rsa sera réexaminé en fonction du montant que vous aurez déclaré dans ce formulaire. Par ailleurs, prenez bien soin de signaler tout changement de situation professionnelle ou familiale sans attendre la « déclaration trimestrielle de ressources ».

PIAF… pour les artistes

En 2007, le Conseil général a initié une réflexion avec différentes structures culturelles et sociales du territoire pour créer un outil d’accompagnement adapté aux porteurs de projets artistiques. De ces échanges sont nées une coopérative d’activité et d’emploi artistique et la Plateforme d’Initiatives pour les artistes du Finistère (PIAF), premier dispositif expérimental d’accompagnement des bénéficiaires du Rsa exerçant dans le champ de l’art visuel, du spectacle vivant, du design, de l’artisanat d’art et du livre. Ces dispositifs sont pilotés par la coopérative d’activité et d’emploi Chrysalide. L’objectif est d’accompagner individuellement le bénéficiaire pour d’une part structurer son projet artistique et le rendre économiquement viable, et d’autre part, le sortir du dispositif en le rendant autonome financièrement. « Un premier entretien permet de diagnostiquer le projet et les difficultés rencontrées pour sa mise en œuvre. Beaucoup de fantasmes entourent ces métiers culturels. Nos échanges l’amènent parfois à mettre sa créativité au service d’un autre secteur d’activité », explique Emilie Kermanac’h, coordinatrice de la plateforme. Si les freins ne sont pas levés suite aux premiers rendez-vous, un contrat de six mois est signé avec le bénéficiaire pour un accompagnement individuel renforcé. À l’issue de cette phase, une évaluation du projet est réalisée. Est alors décidé le renouvellement du contrat dans la limite de deux ans et demi ou l’arrêt du dispositif. En quatre ans, la plateforme a accueilli en entretien de diagnostic environ 300 personnes et signé 139 contrats d’insertion. Sur les 56 bénéficiaires sortis du dispositif, 16 travaillent dans le secteur culturel, 15 dans un autre secteur, 23 ont abandonné leur projet initial. Des formations collectives sont également proposées pour consolider les connaissances juridiques (statut d’auteur plasticien…), comptables et économiques du secteur (marché du livre, recherche financière, résidences d’artistes, création de micro-entreprise…).

La Touline, rencontres et proximité

Depuis 24 ans, l’association La Touline accompagne vers l’emploi les marins et plus récemment les bénéficiaires du Rsa en quête d’embarquement ou de reconversion vers les métiers de la mer, en partenariat avec les acteurs de l’insertion sociale. L’accompagnement spécifique des personnes ancrées dans un parcours d’insertion a fait l’objet d’une convention signée avec le Conseil général au second semestre 2012.
« Pour des personnes très éloignées du milieu maritime, accéder à ces professions peut s’avérer complexe tant la réglementation internationale est stricte. Les bénéficiaires, que nous rencontrons, ont souvent un lien avec la mer. On ne s’improvise pas marin, l’expérience et l’amour de la mer sont un préalable », souligne Anne Le Page, directrice de l’association.
En 2013, La Touline a accompagné 20 personnes. « Cet accompagnement individuel consiste à bien cerner le projet professionnel de la personne grâce à des rendez-vous physiques et/ou téléphoniques », explique Gaëlle Geffroy, référente unique sur cette mission au sein de l’association. « Ensuite, nous l’invitons à vérifier auprès des Affaires maritimes s’il détient les brevets nécessaires pour mener à bien son projet. Si besoin, pour parfaire ses connaissances, nous l’orientons vers des formations diplômantes, sinon nous le mettons en relation avec des professionnels du secteur maritime choisi : marine marchande, pêche, offshore pétrolier, nautisme, plaisance, yachting, paramaritime. De nombreuses passerelles existent entre ces secteurs et des formations facilitent les reconversions. » La Touline privilégie la rencontre et la proximité, valeurs essentielles dans le secteur de l’insertion. Gaëlle se déplace donc sur l’ensemble du territoire pour aller à la rencontre de ces bénéficiaires qui n’ont pas forcément les moyens de se déplacer jusqu’à Brest.

Plus d’infos : www.latouline.com et www.embarquements.fr – Tél : 02 98 43 49 38 – brest@latouline.com

Roulez Jeunesses, un accès au permis de conduire et à la mobilité

« Roulez Jeunesses a été créé en 1995 sur la base d’un constat formulé par des éducateurs de prévention spécialisée : l’accès au permis de conduire et à la mobilité constitue un pivot dans la démarche d’insertion sociale des jeunes », affirme Stéphane Burger, directeur du dispositif de prévention spécialisée au sein de la Fondation Massé-Trévidy.
« Ce dispositif de soutien a été conçu comme une aide pédagogique à l’obtention du permis ». Roulez Jeunesses, qui accueille conventionnellement 140 jeunes par an, intervient dans l’ensemble de la Cornouaille. Une partie d’entre eux est orientée vers la structure par la Mission Locale du Pays de Cornouaille. Les autres sont des bénéficiaires du Rsa identifiés par les travailleurs sociaux. « Nous nous positionnons soit en amont pour valider l’inscription au permis de conduire, soit dans le parcours de formation en apportant une pédagogie adaptée et personnalisée, soit en soutien du jeune en cas d’échecs multiples au code ou à la conduite susceptibles d’engendrer un découragement ».
« Nous proposons un complément de formation au code et à la conduite, tout en apportant une valeur ajoutée importante en termes de fluidité du parcours et de prise en compte des freins et difficultés sociales qui peuvent compliquer l’obtention du permis », précise Stéphane Burger. Sachant que, d’une part l’enjeu financier est lourd (1 700€ en moyenne pour le précieux sésame) et d’autre part, le comportement au volant est devenu un critère de réussite majeur à l’examen.
Roulez Jeunesses, qui bénéficie d’un agrément préfectoral lui permettant d’exercer pleinement ses missions, organise des modules de code (jusqu’à 50 heures) et de soutien renforcé à l’apprentissage de la conduite (20 heures maximum) financés par le Conseil général, le Fonds social européen et le Contrat urbain de cohésion sociale. « Notre objectif est double : optimiser la réussite du parcours d’insertion et faire en sorte que des personnes ne se retrouvent pas en situation d’échec dans les auto-écoles classiques », conclut Stéphane Burger.

Emplois d’avenir, exemple de Kévin Mailhac au domaine de Trévarez

Dans le parc du Domaine de Trévarez, c’est la saison des plantations. « Chaque année nous enrichissons nos collections de camélias, rhododendrons, hortensias », explique Jacques le Duigou, chef d’équipe des jardiniers, mais aussi tuteur de Kévin Mailhac. Ce jeune homme de 24 ans a signé un emploi d’avenir en mars dernier avec l’établissement public de coopération culturelle Chemins du patrimoine en Finistère qui gère les sites départementaux. Il travaillera également quelques semaines dans les jardins du Manoir de Kernault. « Après un CAP travaux paysagers et un CAP productions horticoles, j’ai travaillé comme jardinier au golf de Kerbernez puis dans un camping à Fouesnant. J’ai ensuite été au chômage pendant un an et demi. » C’est la Mission locale qui l’a orienté vers cet emploi d’avenir, renouvelable deux fois. « Cette expérience à Trévarez et Kernault, est une belle carte de visite que je pourrais facilement valoriser. C’est une chance de travailler ici.»