Le garage solidaire créé à l’initiative d’Yves Morvan, président du Moto Club des Montagnes Noires et de son équipe en novembre 2007, se porte bien. C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle.
Une bonne nouvelle parce que ce chantier d’insertion a démontré sa pertinence et à sa solidité. D’abord dans son principe : des salariés en insertion travaillent dans l’intérêt de personnes en situation de fragilité sociale. Ensuite, dans ses résultats économiques. Pour l’an dernier : 700 réparations, 105 véhicules vendus au prix moyen de 1 500 €, 4 500 journées de location au tarif unitaire de 5 € qui ont permis à 150 personnes d’aller au travail. « Nous avons ouvert un second garage à Guichen, près de Rennes, début avril », explique Yves Morvan. La structure compte désormais 44 salariés, dont 8 en CDI à Carhaix (encadrants et administratifs) et 4 à Guichen. « Nos bilans sociaux sont très bons, nos finances aussi. Nous sommes parvenus à créer un modèle économique viable. On ne redistribue pas à des actionnaires. On investit dans du matériel performant. On gagne du temps et on ne gaspille rien. Tout est récupéré ou réparé ».
Mais cette réussite est aussi une mauvaise nouvelle parce qu’elle démontre le caractère aigu du besoin. « Nous sommes débordés par le bien-fondé et la justesse de notre offre. Cette tendance est bonne pour nous mais mauvaise pour la société », affirme Yves Morvan. « Nous avons récemment été obligés de fermer l’atelier de Carhaix au public pendant quinze jours pour tenir nos délais. De plus en plus de personnes se retrouvent en dessous du seuil de pauvreté, notamment des femmes seules qui élèvent des enfants ou des travailleurs qui subissent des temps partiels ».
« Le Conseil général du Finistère nous apporte une aide très précieuse. Nous bénéficions également d’un soutien de l’Etat », rappelle Yves Morvan. « Plusieurs concessionnaires de grandes marques automobiles françaises nous rétrocèdent des véhicules d’occasion à bas prix à Brest, Quimper, Douarnenez, Landerneau, Châteaulin, Carhaix, Saint-Brieuc… Plusieurs fondations importantes croient en nous ». Tous l’ont bien compris. Le garage social n’est pas seulement une idée généreuse. Il constitue aussi un outil d’insertion efficace. En 2012, sur les huit personnes qui ont quitté la structure, cinq ont signé un contrat durable, trois ont entamé une formation.
Le projet, économiquement solide, évolue vers une entreprise d’insertion.