Compétitivité et solidarité sont-elles compatibles ? Conférence de Louis Gallois

L’association La Liberté de l’esprit a organisé une conférence le mercredi 16 octobre sur la compatibilité entre compétitivité et solidarité. L’intervenant invité pour débattre de ce sujet était l’énarque Louis Gallois, commissaire général à l’investissement, président de la FNARS (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale) et ancien directeur de la SNCF et de EADS. Nous vous proposons un compte-rendu de cette conférence.

Pour Louis Gallois, la compétitivité et la solidarité sont complémentaires et interdépendantes dans une société démocratique. Le manque de compétitivité des entreprises grève les finances publiques en raison d’une baisse des recettes fiscales et sociales qui impacte nécessairement la redistribution vers les plus démunis. La croissance rend acceptable le partage et permet une redistribution plus égalitaire. Or la croissance économique ne peut se faire sans compétitivité, sans actionnaires qui investissent dans les outils de production, dans la recherche… Les Français thésaurisent 17% de leur revenu et cette épargne est dirigée en grande majorité vers l’immobilier, les produits d’épargne sûrs mais très peu vers le financement de l’appareil productif. Il faudrait réussir à inverser le processus.

La croissance européenne est au plus bas actuellement, mais ce constat cache des situations économiques hétérogènes selon les pays : une croissance de 0,7% en Allemagne et dans certains pays de l’est, une croissance nulle en France et des Etats en récession en Europe du sud (-0,2% en Italie, -1,4% en Chypre, -0,1% en Espagne, -4,6% en Grèce…).

Pourquoi la situation de l’Allemagne et de la France est-elle si différente ? Louis Gallois a émis 3 arguments pouvant expliquer la différence de compétitivité entre les 2 pays :
• L’Allemagne a su développer l’apprentissage et la formation professionnelle sous toutes ses formes : 40% des jeunes Allemands sont issus de l’apprentissage. Ils s’insèrent plus facilement dans le monde du travail et des interconnexions fortes existent entre le monde de l’éducation et les entreprises. La formation par alternance n’est pas considérée comme une voie de garage comme en France.
• Le dialogue social prédomine les relations en entreprise. Les représentants du personnel sont intégrés dans le processus de décisions des conseils d’administration. Actionnaires, équipe dirigeante et salariés connaissent les préoccupations des uns et des autres. Le consensus social se trouve plus facilement et la solidarité au sein de l’entreprise est une réalité Outre-Rhin.
• Les entreprises allemandes ont l’habitude de travailler ensemble et elles donnent la priorité aux entreprises de leur territoire.

Même si la croissance allemande est plus forte qu’en France, son système économique n’est pas forcément à dupliquer :
• Le taux de pauvreté en Allemagne est de 16,1% alors qu’il est de 14,5% en France,
• 8 millions de personnes touchent moins que le SMIC et 4 millions ne perçoivent que 4 euros par heure.

Autre point, compte tenu de sa croissance démographique, la France a besoin d’une croissance économique plus forte par rapport à l’Allemagne.

Mais est-il préférable que les gens travaillent même pour des salaires de misère ou qu’ils s’éloignent du monde du travail parce que le cadre social (ex : montant du SMIC) est trop contraignant pour garantir la compétitivité des entreprises ? Vaste débat ! La France compte 50% d’inactifs quand les autres pays industrialisés en ont en moyenne 44%.

D’après Louis Gallois, pour que la France soit compétitive durablement, il faut qu’elle résolve les tensions sociales qui animent sa société. La pauvreté est l’une de ces 1ères tensions. La fracture sociale est un véritable handicap pour notre pays car elle freine la compétitivité. En effet, quand il y a fracture sociale, il y a absence de solidarité, défiance vis-à-vis du système, repli sur soi, ce qui n’aide pas le dynamisme économique et la foi en l’avenir.

La solidarité serait donc un investissement, une garantie de meilleur fonctionnement social et de développement économique.

Afin que cette solidarité s’exprime pleinement, il faut que l’accent soit mis sur les notions fondamentales de :
justice sociale : par souci d’équité, les réductions budgétaires ne doivent pas toucher les plus démunis déjà mis à mal par la crise ;
démocratie qui implique que toutes les voix soient entendues. Or les 5 millions de laissés-pour-compte en France n’ont pas de tribune pour s’exprimer. Les associations sont aujourd’hui le filet de sécurité pour éviter que ces personnes ne soient en plus grande difficulté et pour les accompagner pas à pas sur le chemin du travail.
transparence et cohérence entre le dire et le faire afin d’installer un climat de confiance entre les différentes classes de la société.

Toutefois inscrire la compétitivité dans un schéma de solidarité n’est pas aisé dans le contexte européen et international actuel.

Louis Gallois a répondu aux questions de la salle. Il a souligné le fait que les structures qui oeuvraient dans l’insertion par l’activité économique ne pouvaient assurer leur avenir seules, ne pouvant être rentables par rapport aux entreprises de droit commun. Qu’il fallait donc un engagement des pouvoirs publics pour les financer. Mais parallèlement, ce secteur devrait créer plus de contacts avec les entreprises du secteur concurrentiel pour permettre aux bénéficiaires de faire le saut plus facilement vers elles.

Il a également insisté sur les valeurs familiales comme amortisseurs de crise en donnant l’exemple de l’Espagne. Les jeunes espagnols supportent le taux de chômage élevé qui les touche particulièrement grâce aux soutiens apportés par la famille.