Si la FAO estime que globalement les ressources marines mondiales sont aux 3/4 exploitées à leur maximum ou déjà surexploitées, certaines pêcheries locales semblent se porter de mieux en mieux. Zoom sur la langoustine en Pays Bigouden.

Contrairement à leurs aînés, les jeunes merlus vivent près de la côte, dans les champs de vase où prospèrent les langoustines, dont ils forment une espèce associée, c’est-à-dire pêchée par les chaluts à langoustines sans en être la cible, puis souvent rejetée.
Aussi, lorsqu’au début des années 2000, la Commission européenne prend des mesures pour protéger le merlu dans le Golfe de Gascogne, les langoustiniers du Pays Bigouden sont directement menacés. « On parlait d’une augmentation de près de 50% de la taille des mailles des chaluts, avec un risque énorme sur la rentabilité : une grande partie de la flottille était menacée de disparition », se souvient Thierry Guigue. C’est aujourd’hui au sein de Pêcheurs de Bretagne qu’il poursuit le travail de mise au point par les artisans-pêcheurs de techniques plus sélectives. « La démarche collaborative sur les merlus et les langoustines fait référence par son ampleur (des dizaines de bateaux impliqués dans les tests sur plusieurs années) et ses résultats : des mesures acceptées par tous. La Commission européenne nous a donné le temps, et cette confiance a payé. »

Ingénieur en technologie des pêches à l’Ifremer, Pascal Larnaud précise : « La collaboration entre pêcheurs et scientifiques est basée sur un respect mutuel des apports de chacun. Les nouvelles techniques ont été mises au point en les testant en conditions réelles. Elle doivent être efficaces, donc sélectives, tout en assurant la rentabilité de l’activité. » Ce travail de long terme a permis au passage que les gens s’approprient le sens des changements… et a aussi abouti à la formalisation du métier par la création d’une licence langoustine. Cette logique d’implication des acteurs a fait des émules, et les essais sur les pêcheries hauturières d’églefin et de merlan semblent prometteurs. « La contrainte d’une limitation forte des rejets accélère le développement des projets », observe Pascal Larnaud. « Il faut mettre au point ensemble les techniques qui, associées à des comportements de pêche adaptés, permettront demain d’atteindre des rendements durables pour chaque pêcherie. »

L’exemplarité de la démarche semblait acquise : fixer un objectif global aux professionnels en leur laissant le temps de mettre au point les techniques de sélectivité pertinentes pour l’atteindre. D’où une certaine incompréhension face à la logique « couperet » des projets de réglementation pour limiter les rejets. « Le calendrier des objectifs précis semble tellement aberrant qu’il risque de conduire de nombreux professionnels à s’arrêter, tout simplement », s’inquiète Thierry Guigue.