La flotte concarnoise de thoniers senneurs congélateurs tropicaux : le poids lourd invisible

Thoniers senneurs congélateurs concarnois

Les thoniers senneurs congélateurs concarnois pêchent tellement loin de la Ville Bleue que l’on en oublierait presque à quel point ils comptent dans l’économie finistérienne. Et pourtant… Entretien avec Jean-Yves Labbé, directeur général délégué de la CFTO.

La flotte concarnoise de thoniers senneurs congélateurs tropicaux comprend 17 navires : 13 appartiennent à l’armement CFTO* (Compagnie Française du Thon Océanique), 4 à l’armement Saupiquet. Huit d’entre eux (tous de la CFTO) pêchent dans l’Océan Indien. Les 9 autres (5 CFTO, 4 Saupiquet) opèrent dans l’Océan Atlantique.

L’an dernier, la production de la flotte thonière concarnoise s’est élevée à près de 80 000 tonnes (44 800 t dans l’Océan Indien, 35 000 t dans l’Océan Atlantique), le chiffre d’affaires atteignant 154 millions d’euros (85 M€ pour l’Indien, 69 M€ pour l’Atlantique), « davantage que celui de Cornouaille Port de Pêche » comme le souligne Jean-Yves Labbé, directeur général délégué de la CFTO. « Depuis quelques années, nous bénéficions d’une revalorisation sensible (de moins d’1 € à environ 2 € le kilo) du prix moyen du thon destiné à la conserve », poursuit-il.

Cette conjoncture favorable s’explique par deux facteurs principaux : une production mondiale relativement stable (autour de 4 millions de tonnes par an en pêches déclarées) ; le développement de nouveaux marchés dans les pays émergents. « Il existe actuellement une surcapacité de transformation par rapport à l’offre de matière première», constate Jean- Yves Labbé. Tant mieux pour la flotte concarnoise, d’autant plus que celle-ci privilégie le thon de qualité supérieure. « L’albacore de plus de 10 kilos représente 62% de notre production en Atlantique et 53% dans l’Océan Indien », précise le dirigeant concarnois.

Dans ce contexte, on ne s’étonnera pas que les retombées positives de l’activité thon tropical sur l’économie finistérienne… et africaine se révèlent très importantes. La CFTO et Saupiquet emploient 300 marins français, pour l’essentiel des officiers, et 400 marins africains (Ivoiriens, Sénégalais, Ghanéens…) recrutés pour la plupart à Abidjan. « En 2012, pour ce qui concerne les marins français, la masse salariale s’est élevée à 30 millions d’euros », indique Jean- Yves Labbé. Pour la seule CFTO, 83% de ces marins sont Finistériens ! Le montant annuel des achats effectués auprès des fournisseurs finistériens est d’environ 15 millions d’euros.

On ne saurait oublier non plus que 10 thoniers senneurs congélateurs tropicaux ont été construits à Concarneau depuis 1990. En collaboration avec un cabinet d’architecture naval, la CFTO a engagé mi- 2012 la conception d’un nouveau type de thonier innovant dont l’objectif est d’optimiser à la fois le coût d’acquisition et le coût de possession sur au moins vingt ans. Une attention particulière a été portée à la maîtrise et au contrôle de l’énergie produite par la propulsion, les apparaux de pêche et la congélation du poisson. Au terme d’un appel d’offres international lancé auprès de chantiers spécialisés, la commande des deux premiers thoniers de cette nouvelle génération devrait se concrétiser avant la fin du mois de juin.

*Constituée dans le cadre de la fusion France Thon-Cobrepêche début 2011.