Europe, les enjeux de la réforme

Politique commune de pêche

L’interdiction des rejets et le rendement maximal durable (RMD) figurent au coeur des négociations entre instances européennes (Commission, Parlement, Conseil des Ministres) concernant la future Politique Commune de la Pêche. Thierry Guigue, de « Pêcheurs de Bretagne », première organisation professionnelle (OP) européenne avec 800 navires, éclaire les débats.

Pour ce qui est de l’avenir de la Politique Commune des Pêches, il serait sans doute prématuré de penser que la fin du match a été sifflée, fin mai, à l’issue d’un de ces marathons dont l’Union européenne a le secret. « La méthodologie étant fixée — il s’agit d’une procédure de codécision entre le Parlement européen et le Conseil des Ministres de l’Union européenne —, les informations diffusées récemment dans les médias ne rendent pas vraiment compte de la complexité des enjeux et des rapports de force et d’influence », souligne un bon connaisseur finistérien du dossier. On a pu toutefois constater un rapprochement entre les positions du Conseil (schématiquement plus favorable à la pêche) et celle du Parlement (davantage sensible aux thèses environnementalistes*), mais cela ne préjuge en rien de l’évolution à long terme. La commissaire européenne Maria Damanaki a eu beau se réjouir bruyamment (« Nous allons changer de manière radicale la façon de pêcher ! »), tous ses désirs ne sont pas devenus pour autant réalités, notamment pour ce qui est des quotas transférables, cauchemar absolu pour la filière bretonne, heureusement passés par dessus bord….

L’enjeu de ces négociations qui, vu d’ici, peuvent paraître nébuleuses, est considérable pour l’avenir de la filière pêche finistérienne. « Travailler sur la sélectivité et la diminution des rejets est incontournable. Mais le faire à marche forcée et sans cibler les priorités au regard de la situation biologique des stocks est presque mortel pour notre activité », affirme Thierry Guigue. « L’ambition est tellement démesurée et le délai si court que cela pourrait engendrer une démotivation totale. Quand le cadre sera fixé, il restera à le mettre en application. Ça va être un séisme dont on n’arrive pas à mesurer l’ampleur ! », prévient-il. A ses yeux, trois hypothèses sont envisageables. Primo, une « application stricte et aveugle qui provoquera la disparition, du jour au lendemain, de pans entiers de la pêche française ». Secundo, « une réglementation inapplicable qui restera lettre morte, comme dans le cas des répulsifs à cétacés ». Tertio, « celle qui mériterait d’être retenue, c’est-à-dire un dispositif ciblant les problématiques les plus aigües et fixant des ambitions plus mesurées sur la base d’améliorations progressives à portée des technologies actuelles ».
« Le second enjeu crucial est l’objectif du rendement maximal durable », poursuit Thierry Guigue. « Là encore, nous sommes d’accord sur le principe mais le calendrier de mise en oeuvre nous paraît précipité. Il y aurait un hiatus complexe à résoudre entre le timing actuellement évoqué (2015) et la nécessité de consolider les connaissances scientifiques sur les stocks. Il est quand même plus difficile d’analyser des écosystèmes marins aux interactions multiples que de compter des chevreuils ! ».

* Pour ce qui concerne l’interdiction des rejets en mer, le Conseil des ministres a accepté mi-mai de revoir à la baisse la quantité de poissons pêchés pouvant être rejetés (7% en 2014 puis 5% en 2019, au lieu de, respectivement, 9% et 7%). Au sujet du RMD, il ne s’était pas départi en revanche de sa volonté de voir cet objectif tenu « là où c’est possible ». Résultat : il sera introduit progressivement entre 2015 et 2020.

Plus d’infos : www.pecheursdebretagne.eu; http://ec.europa.eu/index_fr.htm