La pêche, un pilier de notre économie finistérienne par Albert Billon

Albert Billon

Albert Billon
Éditorialiste

Je vous le dis comme je le pense. Ce numéro d’EN LIENS que vous avez entre les mains, est tout simplement remarquable ! Vous y trouverez une vision complète et panoramique de la filière Pêche en Finistère : les principaux enjeux, les contraintes, les doutes…..mais surtout la formidable espérance, l’énergie vitale qui se dégage de tous ces acteurs qui croient en leur avenir, arc-que-boutés sur leur désir de vivre et travailler ici, au bout du monde, au bord de la mer, sauvage, maternelle et nourricière. Lisez tout, mangez tout, y’a pas d’arêtes !

Parler de la Pêche, c’est parler d’histoire, de géographie, d’économie, de formation et d’emplois. Plus encore, d’Identité et de Culture. Avec des majuscules. C’est cet enracinement identitaire qui en fait un pilier de notre économie et dessine nos territoires. Un homme en mer, c’est 4 emplois à terre. Un homme qui pêche, c’est toute une économie en mouvement : acheter, vendre, transformer, transporter, fabriquer ou construire….Tous ces emplois, directs, indirects ou induits sont à la Cornouaille, ce que le secteur automobile est à la France. Essentiel et vital.

On dit que son avenir se décide à Bruxelles parce qu’une sélectivité accrue des engins de pêche, doublée d’une diminution des rejets, dans une logique de « rendement maximal durable » pourraient – avec des objectifs et des résultats immédiats – provoquer la mort instantanée de la pêche bretonne. Peut-être…. Je crois surtout que c’est par l’union sacrée des acteurs de la filière – pêcheurs, organisations professionnelles, élus – que nous garderons notre fil d’Ariane.

Il faut impérativement renouveler la flottille et reconstruire des bateaux neufs seuls capables de garantir la sécurité et l’attractivité du métier. Cela passe évidemment par un modèle économique viabilisé et lisible par tous. Amortir 2 ou 3 millions d’€ d’investissements –coût d’un chalutier neuf – sur 15 ou 20 ans nécessite sans doute de réduire encore les coûts de production notamment énergétiques et de valoriser un peu plus les produits débarqués. Avec le soutien d’investisseurs publics et privés, par une mutualisation des approches entre scientifiques et pêcheurs, avec un peu de temps, nous pourrons tenir un modèle à la fois rentable et respectueux du milieu.

Il faut aussi poursuivre la formation des jeunes. Sans eux, pas d’avenir. Un bateau sans marin finit toujours sur un rond-point. Ces jeunes sont la clé de voûte du système. L’alpha et l’oméga. C’est par eux et pour eux que l’union est sacrée, que l’identité maritime a une âme porteuse de sens. Il faut absolument tout faire pour les attirer dans la nasse du filet, par un salaire encore rémunérateur, par des conditions de travail sécurisés et par des rythmes et des roulements adaptés. La formation en alternance est tout à fait adaptée au métier et à la transmission des savoirs séculaires. Il faut que tous les armements s’en emparent. La mise en place d’un Groupement d’Employeurs est plus que jamais nécessaire…

Le monde change et c’est très bien. Accompagnons le changement plutôt que de le combattre. Par la recherche, l’innovation technologique et sociale. Travaillons ensemble. A l’image de la vente à distance qui oblige à un rapport de confiance, qui oblige à optimiser la logistique. A l’image de Loctudy qui résiste, investit et innove. Des jeunes veulent devenir patrons, les O.P. se regroupent et se musclent, les CCI investissent, les armements se mobilisent….Quand je vois des élus suédois s’intéresser au « modèle cornouaillais », pour le transposer chez eux, je me dis que ce que nous faisons va plutôt dans la bonne direction. Leurs regards nous incitent à aller encore plus loin dans l’exigence. Certes tout n’est pas rose. Le coût du gas-oil, la volatilité des prix ou la concurrence des importations sont de véritables problèmes. Les crispations liées au dossier « clapage » sont des choses que l’on aurait pu éviter avec un dialogue et des procédures mieux construits….Le message d’espoir demeure. La nature coopérative et solidaire des gens de mer est une vertu régénératrice capable de surmonter tous ces obstacles.

N’est-il pas ?