Les mareyeurs loctudistes se sont rassemblés pour créer un armement, Hent Ar Bugale, désormais fort de quatre chalutiers hauturiers.

Le rapport publié en février dernier par la chambre régionale des comptes sur la gestion des ports de pêche bretons n’est sans doute pas le livre de chevet préféré des Loctudistes. « La réorganisation des criées a débuté en 2003 par la fermeture de Camaret, puis de Lesconil en 2008. Elle est cependant inachevée, notamment en Cornouaille », écrivent ses auteurs, citant l’exemple de… la halle à marée de Loctudy « aujourd’hui surdimensionnée » à leurs yeux. Même si les chiffres ont la vie dure – Loctudy a perdu environ trois quarts de sa flottille hauturière durant les plans de sortie de flotte et, pour ce qui est des apports, les tendances (volume, valeur, prix moyen) étaient toutes à la baisse en 2012–, ces propos font abstraction du fait que la communauté portuaire s’est mobilisée pour inventer un modèle économique innovant. L’armement Hent Ar Bugale, créé en 2010 par des mareyeurs locaux, a pour actionnaire majoritaire l’association « Loctudy pôle pêche*» présidée par Serge Guyot, directeur des Viviers de Loctudy. « Nous travaillons dans un port censé devoir fermer, sur des métiers présentés comme dépourvus d’avenir », constate avec une pointe d’ironie Guy Le Berre, capitaine d’armement de la SAS Hent Ar Bugale. « Malgré cela, nous avons la volonté de continuer ». Et comment ! Hent Ar Bugale possède quatre bateaux : Hent Ar Mor, Connemara, Laura, Saint-Alour. « En comptant 50000€ par marée de quinze jours, 17 ou 18 fois par an, on parvient à environ 900 000 € de chiffre d’affaires pour 5 marins. Quelle entreprise fait ça ? », affirme le capitaine . « Même si 25 à 30% du total sont consommés par le gazole, cela reste économiquement intéressant et fait vivre du monde. Un marin, c’est entre 4 et 5 emplois à terre ! Loctudy reste viable ! ». L’armement emploie 24 salariés et affiche plus de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pour l’ensemble du port de Loctudy, si l‘on additionne les 11 hauturiers (6 membres d’équipage en moyenne) et la trentaine de côtiers, ce sont plus d’une centaine de marins qui contribuent à la vitalité de leur territoire. « De nombreuses idées fausses circulent concernant la pêche. La première d’entre elles consiste à faire croire que cette activité est vouée à disparaître. Il est totalement inutile de se plaindre et d’alimenter ainsi cette vision erronée », conclut Guy Le Berre. « Notre priorité est au contraire de démontrer jour après jour que nous sommes capables de donner du travail à beaucoup de familles ». Et cela dans une logique de circuits courts et de relations de confiance. N’en déplaise à la chambre régionale des comptes…


Loctudy, mercredi 1er mai, 18h40. Rémi Boennec, le patron du Laura , l’un des 4 hauturiers de l’armement Hent ar Bugale, rentre d’une marée de quinze jours avec ses 4 hommes d’équipage. Le temmps d’avaler une part de pizza à bord du bateau — apportée par Guy Le Berre le capitaine d’armement — et les 16 tonnes de poissons sont déchargées des cales. L’opération va durer jusqu’à minuit. Tout l’équipage est à la tâche. Il est aidé par des dockers. Le poisson (lotte, merlu, lieu…) et les langoustines sont dans la foulée triés et mis en caisse en préparation de la vente sous criée du lendemain matin. La vente rapportera 46 500 euros, dont 11 917 euros serviront à payer la facture de carburant (17 655 litres de gazole).

* « Loctudy pôle pêche » regroupe 55 acheteurs qui se fournissent à la criée du port.
Arkea (Crédit Mutuel) est aussi actionnaire de Hent Ar Bugale.
Plus d’infos : www.hentarbugale.fr