Déjà soumise à de nombreuses contraintes (vieillissement de la flottille, difficultés de recrutement, coûts énergétiques…), la pêche finistérienne vit de plus dans l’incertitude du fait des tractations en cours sur la réforme de la politique commune de la pêche (PCP). Pourtant, loin de baisser les bras, la filière se rassemble, s’adapte, innove, invente de nouveaux horizons. Parce que cette activité, partie intégrante de l’âme du Finistère, conserve un véritable avenir économique… sous certaines conditions.

Drague à la praire from CDPMEM 29 on Vimeo.

A près une année 2011 plutôt favorable, le bilan 2012 des criées finistériennes présente des indicateurs en repli (-5,4% pour la production globale, -4% pour le chiffre d’affaires, prix moyen stagnant à 3€/kilo)*. Le marché a été impacté par l’environnement de crise frappant les débouchés vers l’Espagne et l’Italie. Le segment de la bolinche a connu en revanche une commercialisation valorisée sur la sardine, alors que la saison d’anchois était sur des cours modérés. A la pêche hauturière, à l’exception du resserrement des captures de langoustine du nord, les apports de poisson blanc (cabillaud, églefin, merlan, merlu…) ont été de bonne tenue. L’exercice s’est révélé moins favorable au plan du marché, en particulier pour la baudroie (lotte), pour des flottilles chalutières toujours exposées au surcoût énergétique. A noter : un net recul des invendus (1,6% contre 3% en 2011).

47 000 tonnes ont été proposées aux enchères sous les criées de Cornouaille (pour un chiffre d’affaires de 1 36,4 M€), le périmètre de flottille ayant été relativement préservé en 2012. L’activité s’est contractée de 7% en volume et de 4,5% en valeur. Ce contexte n’a pas entravé l’engagement de la CCI de Quimper-Cornouaille dans la modernisation des infrastructures et l’amélioration des services (5,4M€ investis sur les ports l’an dernier, soit 35M€ engagés entre 2005 et 2012). Sur le Pays Bigouden, Le Guilvinec conforte son rang de locomotive. Concarneau a accusé l’an dernier une nouvelle perte d’apports locaux causée par le recul de la saison de la bolinche et un moindre débarquement de langoustine vivante. Dans le Nord-Finistère, la criée de Roscoff s’affiche toujours en progression (+9 5% en volume) tandis que la criée de Brest a souffert des conditions météorologiques sur l’Iroise et d’une campagne coquillière en rade décevante.

Quid de l’avenir ? « Dans les cinq ans, une quarantaine de patrons du quartier du Guilvinec partiront en retraite. Au moins 70% des bateaux seront rachetés par des franco-espagnols ou des irlandais », prédit sombrement Julien Le Brun, jeune et tenace armateur loctudiste. « La flottille est vieillissante, l’âge moyen des marins élevé et le marché en perpétuel bouleversement », constate son voisin mareyeur, Gwendall Olivier. Malgré cela, comme d’autres, ils se battent parce qu’ils croient en l’avenir d’une activité qui peut encore être rentable sous certaines conditions (optimisation des marées, efforts de sélectivité, qualité du recrutement, nouveaux montages financiers pour l’achat de bateaux neufs et d’occasion…). Julien et Gwendall représentent un bel exemple de foi en l’avenir. Ils sont d’autant plus déterminés que dans un récent rapport, la chambre régionale des comptes a pratiquement rayé leur port de la carte d’un trait de plume… Comment auraiton pu les motiver davantage ? Sans oublier, comme le reconnaît dans un sourire un très bon connaisseur du milieu, que la mer « paye encore très bien son homme» !

*Source : Direction Départementale des Territoires et de la Mer.

MÉTIERS D’AVENIR EN PAYS DE BREST

Dans le cadre d’un programme européen (Interreg), la Maison de l’emploi du Pays de Brest réalise – en partenariat avec ses homologues des Cornouailles anglaise et du Devon – une étude sur les métiers des territoires littoraux. Objectif : déceler les métiers en tension dans les secteurs d’activité de la pêche, de la marine marchande, de la construction et de la réparation navale. Une fois cet état des lieux réalisé, formations et outils de promotion des métiers seront mis en place. La mission locale du Pays de Brest et Nautisme en Finistère sont associés à la Maison de l’emploi du Pays de Brest dans la réalisation de ce projet.