L’alternance, pédagogie du concret

Apprentissage de la mécanique

L’utilité sociale, économique et humaine de l’apprentissage – et plus largement de l’alternance – ne fait plus vraiment débat. Même si certains clichés perdurent et freinent son développement, cette méthode de formation correspond de mieux en mieux aux aspirations des entreprises et aux attentes de beaucoup de jeunes en quête d’épanouissement professionnel et personnel.

« Si l’apprentissage, au contraire du contrat de qualification, puis de professionnalisation qui lui a succédé en 2004, relève de la formation initiale, il se caractérise néanmoins, comme les autres contrats en alternance, par une combinaison de périodes en entreprise et en centre de formation, visant à l’obtention d’une qualification professionnelle reconnue », écrivent les auteurs d’un dossier de référence*. « Au confluent de la formation initiale et de la politique d’emploi des jeunes, l’apprentissage est destiné à la fois à offrir une voie d’accès à la qualification et à favoriser l’adéquation entre les besoins des entreprises et les compétences de jeunes ». Au-delà des différents dispositifs – contrat d’apprentissage et contrat de professionnalisation – dont les grandes lignes sont présentées par ailleurs, qu’en est-il de la réalité sur le terrain ? Et tout particulièrement de l’apprentissage, cette voie que l’on dit « royale », « d’excellence », « en cohérence avec l’évolution du secteur des métiers », mais qui peine malgré tout à s’imposer comme une évidence. Parce qu’il n’est pas aisé de renverser les montagnes, même en Finistère. Beaucoup y croient pourtant. Et même de plus en plus. C’est ainsi que par la vertu d’une large mobilisation partenariale l’Ifac à Guipavas et le CFA de Cuzon à Quimper deviendront l’an prochain de véritables vitrines de l’apprentissage. Cela dit, il reste des combats à mener. « L’apprentissage est difficile à valoriser », constate Philippe Portal, directeur de l’Ifac. « Pourtant cette pédagogie est associée aux cathédrales, aux grands cuisiniers, pâtissiers, couturiers… Elle repose sur une co-construction du parcours de l’apprenti sur la base d’un référentiel commun aux deux éducateurs : entreprise et centre de formation. La transmission générationnelle du beau geste garde tout son sens. Les perspectives professionnelles sont agréables. Les apprentis que nous formons restent en très grande majorité sur nos territoires, qu’ils soient salariés, repreneurs ou créateurs ». « Chacun s’accorde à reconnaître les mérites de l’apprentissage, ce qui est d’ailleurs la moindre des choses compte tenu de l’utilité sociale et des résultats obtenus », estime pour sa part un autre fin connaisseur du sujet. « Mais il existe un décalage entre ce discours euphorisant et la réalité des moyens mis en oeuvre. Les formations coûtent cher. Les plateaux techniques doivent être en constante évolution. Il serait souhaitable que le produit de la taxe d’apprentissage soit destiné en priorité aux entreprises du territoire. Pour aller vers le modèle allemand, il faudrait que l’apprentissage se développe dans les entreprises de plus de 250 salariés. Le vrai plafond de verre est là ! Armor Lux constitue l’un des exemples à suivre ». Tout comme l’engagement de l’équipe d’organisation du Forum de l’Apprentissage et de la Formation en Alternance (FOROMAP), sous l’impulsion du président Louis Thubert (Lions Club International). Ce rendez-vous incontournable, dont la 19ème édition a eu lieu le samedi 16 février 2013 au Quartz à Brest, témoigne du fait qu’en matière d’alternance, comme dans bien d’autres domaines, seule compte la ténacité !

*« L’apprentissage, entre formation et insertion professionnelles » :
Dominique Abriac, Roland Rathelot, Ruby Sanchez/Dares/Formations et emploi – édition 2009.

Plus d’infos : www.gref-bretagne.com (le portail d’information sur la formation et l’emploi en Bretagne) ;
www.bretagne.fr/jeunes (le portail jeunes de la Région Bretagne) ;
www.seformerenbretagne.fr ;
www.lapprenti.com

 

CHIFFRES CLÉS
Plus de 8 apprentis sur 10 ont un emploi un an après leur entrée sur le marché du travail. 90% d’entre eux se déclarent satisfaits de la formation alternée. La France comptait en 2010-2011 près de 430 000 apprentis contre 160 000 dans les années 70.

À l’échelle du Finistère
3 840 contrats d’apprentissage et 1 900 nouveaux contrats de professionnalisation ont été conclus en 2011.
30% des contrats d’apprentissage sont signés dans le BTP, 28% dans l’alimentation, 36% dans les transports-réparations-services.
Sur près de 14 500 chefs d’entreprises artisanales (plus de 35 000 salariés), 40% ont plus de cinquante ans.
50% des créateurs ou repreneurs d’entreprises artisanales sont d’anciens apprentis.

À l’échelle de la Bretagne
• 18 173 apprentis en 2010-2012 (18 352 en 2009-2010).
• 22 240 nouveaux contrats en alternance ont été conclus en 2011 : 14 370 contrats d’apprentissage et 7 870 contrats de professionnalisation.

Contrat d’apprentissage
48% des nouveaux contrats sont conclus par des entreprises de moins de 5 salariés.
51% des recrutements d’apprentis proviennent du secteur tertiaire.
15% (contre 9% pour l’ensemble de la France), c’est la part que représentent les industries agroalimentaires dans les CA.
3 apprentis sur 10 sont des filles à l’entrée en CA (92% dans la coiffure ou l’esthétique, 25% dans l’industrie, 6% dans le secteur de la construction…).
61% des apprentis sont issus du système scolaire.
18,7 ans, c’est l’âge moyen des apprentis (3 mois de plus qu’en 2008).
20% en 2011 (au lieu de 13% en 2008) : la part des apprentis ayant un niveau de formation IV (bac).
35% (contre 42%), celle des jeunes de niveau V (CAP).
11% (au lieu de 7%), la proportion des bac+2 et plus.
19% des nouveaux apprentis préparent un diplôme de l’enseignement supérieur (+8 points en 3 ans).

Contrat de professionnalisation
+14% : c’est l’augmentation des entrées en CP en 2011 (+18% en Ille-et-Vilaine, +6% dans le Finistère).
Près d’un tiers des bénéficiaires sont des demandeurs d’emploi.
37% des signataires ont un niveau de formation égal au bac et 35% ont un niveau bac+2 ou plus.
44% sont des femmes (13 points de plus que les contrats d’apprentissage).
Trois quarts des contrats concernent le tertiaire (dont 29% pour le secteur d’activité « Commerce et réparation d’automobiles et motocycles »).
38% des entreprises qui recrutent en CP ont 50 salariés ou plus, contre 14% pour l’apprentissage.

Sources : Région Bretagne ; CMA 29 ; DIRECCTE Bretagne (Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence,
de la Consommation, du Travail et de l’Emploi) ; Repères et références statistiques – édition 2012.