Faire sauter les verrous par Claude Vautrin

On ne dira jamais assez les mérites de l’alternance, cette formation duale dispensée à la fois par un organisme de formation et une entreprise d’accueil. Apprentissage ou contrats de professionnalisation : le constat est clair. Un emploi est souvent au bout du cursus. Pour faire simple, près des deux tiers des stagiaires restent en emploi, chez le même employeur la plupart du temps. Plutôt porteur par les temps qui courent, qui plus est chez les jeunes peu favorisés – c’est le moins que l’on puisse dire – par l’actuel marché du travail.
Encore convient-il de se donner les moyens de réussir l’alternance. Trop de contrats restent aujourd’hui rompus de façon anticipée. Plus inquiétante encore est l’insuffisance de mobilisation des entreprises sur cette question socialement essentielle, et économiquement judicieuse. Car il est bien question de gagnant/gagnant. Pour le stagiaire entrant ainsi dans le monde du travail, comme pour le dirigeant qui a pu mesurer la capacité du premier à intégrer la culture de son entreprise. Quelques conditions s’imposent pour cela, la première étant la mise en place d’un tutorat efficient dans l’accompagnement comme dans l’éveil de la curiosité du tutoré. Un chef d’entreprise me confiait récemment demander au stagiaire d’être « son oeil neuf ». « Quel que soit le sujet d’incompréhension de ce qui se passe dans l’entreprise, aucune question n’est idiote. Pose-la, car bien souvent on se dit : pourquoi ne pas se l’être posée plus tôt ? ».
Voilà une vision éclairée et positive de l’alternance : celle d’un maillon s’intégrant dans la chaîne de « solidarité » des autres maillons, ni plus ni moins. De quoi évidemment en finir avec les « stagiaires photocopie ou machine à café » vivant une expérience fatalement destructrice de l’univers professionnel.
Une autre donne doit d’ailleurs être prise en compte, pour favoriser le développement de l’alternance en France : celle d’une ouverture plus grande encore des entreprises à la jeunesse, pour en finir cette fois avec la fracture existante entre les mondes de l’Education et de l’entreprise. Visites scolaires, stages de découverte, speed dating, rendez-vous d’orientation : l’éventail est large pour faire sauter les verrous de la méconnaissance.