Écologie ou écolisme ? par Stéphane Lavignotte

L’écologie parle-t-elle seulement d’environnement ? L’un de ses fondateurs, Ivan Illich, se fit connaître en publiant l’ouvrage « Une société sans école ». Il accuse l’extension de la scolarisation obligatoire de nuire à l’apprentissage : l’enseignement pratique d’un métier mais aussi la capacité des personnes à apprendre par elles-mêmes. Se crée ainsi une dépendance à l’institution – on croit qu’on n’apprend qu’à l’école – qui est aussi une manière de perdre du pouvoir sur sa vie, personnellement mais aussi collectivement : par l’apprentissage « sur le tas », les classes populaires étaient les maîtres de leur propre éducation ; avec le développement de l’institution école, elles la remettent entre les mains d’une autre classe. Cela crée un sentiment durable de frustration et d’illégitimité chez celles et ceux qui n’ont pas suivi une scolarité longue. Réac? Cette accusation revient souvent contre Illich. Il ne fait pourtant que rappeler ce que d’autres ont appelé avant lui « la dialectique de la raison » : la raison est d’abord un progrès en permettant de s’émanciper de raisonnements ou d’institutions oppressives (le petit patron, la famille patriarcale…) ; mais si elle devient à son tour une magie, produit des institutions toutes puissantes sur la vie des gens, la raison se retourne contre l’émancipation. À partir d’un certain seuil, le « progrès » nuit à ce qu’il était censé favoriser. Il ne s’agit pas d’être contre l’école mais de la sauver d’elle-même quand elle devient un « écolisme ». Redévelopper l’apprentissage, une éducation qui ne se passe pas qu’avec l’école ou ses maîtres, (mais par exemple avec des animateurs et des jeux comme dans la nouvelle réforme des rythmes scolaires), n’estce pas un des moyens de faire quelques pas en arrière pour sauver d’elle-même une institution victime – comme la raison – de son retournement dialectique ? L’écologie pour sauver l’école de l’écolisme ?