« La désindustrialisation n’est pas une fatalité », Jean-Jacques Brot, Préfet du Finistère

Jean Jacques Brot Préfet du Finistère

Quels sont à vos yeux les principaux atouts du Finistère ?

Je citerai en premier lieu le caractère travailleur, opiniâtre, tenace de ses habitants. L’état d’esprit de résistance et de résilience qui prédomine en Finistère permet d’affronter cette crise — dont les effets sont parfois violents — avec une grande détermination et beaucoup de solidarité. Le Finistère sait développer des synergies locales à partir de relations personnelles fondées sur la confiance. Cet « effet réseau » se révèle d’autant plus efficace qu’il s’enracine dans des valeurs profondément ancrées : humanisme, cohésion sociale, ouverture…


Quelles en sont les faiblesses, conjoncturelles ou structurelles ?

Les effets de la dérégulation mondiale frappent durement notre économie et notre population. La périphicité* du Finistère s’aggrave. Les chefs d’entreprise soulignent le poids croissant des contraintes et coûts logistiques. La réalisation d’une liaison ferroviaire plaçant la pointe de Bretagne à 3 heures de Paris est cruciale. Sinon, nous risquons de subir une césure entre Bretagne occidentale et Bretagne orientale. Nous avons connu en 2012 des suppressions d’emploi cruelles dans l’industrie agroalimentaire et nous risquons d’en connaître aussi en 2013. Cela provient en partie de défauts d’organisation de certaines filières. Les investissement statégiques n’ont pas toujours été réalisés. Les modèles n’ont pas évolué. Ils sont à réinventer et à reconstruire. Dans le contexte de renégociation de la politique agricole commune (PAC) en 2013, on ne peut concevoir une industrie agroalimentaire forte sans une production agricole prospère. Développement économique et exigence écologie doivent aller de pair. C’est un défi considérable. Il sera relevé.

Comment faire face à la dégradation de la situation de l’emploi ?

40 000 demandeurs d’emploi toutes catégories confondues, c’est une situation obsédante. Elle concerne en premier lieu des personnes peu qualifiées. Ce constat implique une mobilisation visant à développer des offres de formation et de reconversion adaptées aux réalités d’un tissu économique en constante évolution. La désindustrialisation n’est pas une fatalité. Qui aurait pu imaginer que la Sobrena perdurerait sans perte d’emplois ? Dans le Finistère, tout le monde est sur la même longueur d’onde, quelles que soient les sensibilités. Chacun s’accorde sur des valeurs communes, telles que la défense des personnes et de leur dignité. Ce socle de solidarité active et productive permet de mettre en oeuvre des politiques volontaristes et d’aborder cette période de crise de façon moins pessimiste qu’ailleurs.

*Les principaux centres de décision, de production et de consommation européens sont de plus en plus éloignés de la Bretagne