Pour une innovation collaborative par Claude Vautrin

L’innovation et les territoires font-ils bon ménage ? Peut-on ou doit-on miser sur la proximité pour développer des projets innovants ? La question  est d’importance, à l’heure où l’avenir, mieux le présent, se construit dans le cadre d’une économie mondialisée, hyperconcurrentielle. La seule idée d’associer innovation et proximité territoriale pourrait donc être perçue au premier abord comme une hérésie, une dérive un rien démagogique, condamnée fatalement à l’échec.

A bien y regarder pourtant, l’idée est loin d’être excentrique. Tout porteur d’innovation sait combien il est difficile de mener à bien un projet dans la solitude, fût-elle éclairée, de son entreprise. Qui dit innovation dit en effet travail d’équipe, en réseaux, associant l’acteur économique – le chef d’entreprise et ses équipes – aux scientifiques et chercheurs, aux politiques, à tous ceux qui partagent la conviction que le développement local est d’abord affaire partenariale, en phase bien sûr avec les ressources et les atouts locaux.

Dans cette nécessaire ouverture à l’autre, pas question donc d’ignorer la population locale. Car sans marché, une innovation n’est rien. Recourir aux citoyens consommateurs du territoire concerné pour tester grandeur nature, et donc affiner la qualité du service, de l’usage ou du produit innovant, peut se révéler payant pour l’avenir. Certains l’ont bien compris qui développent aujourd’hui sur leur territoire ces Living Lab venus de Finlande, où la recherche sort justement des laboratoires pour se confronter à la réalité du quotidien.

Loin de se limiter au seul champ économique, l’innovation bien comprise intègre donc une dimension sociale. Elle ne doit en rien négliger une autre donne majeure pour qui mise sur la créativité : le champ culturel et artistique. Pourquoi en effet ne pas y associer les expérimentateurs par excellence d’idées, de visions, de modèles de pratiques que sont les artistes. Le monde de l’art et de la culture peut jouer un rôle essentiel dans la « croissance de demain ». Ces processus collaboratifs ne demandent qu’à s’épanouir davantage encore. Les encourager ne peut donc que servir l’économie et favoriser le vivre et l’agir ensemble, donc le mieux vivre d’un territoire.