Bien plus que l’insertion des personnes par Stéphane Lavignotte

Peut-on encore parler de crise – donc passagère – pour une panne qui dure depuis 38 ans ? Cédric Durand, dans son livre « le capitalisme est-il indépassable ? » (Textuel 2010) démontre que la panne est plus profonde et ne sera surmontée qu’en dépassant ce capitalisme et peut-être le capitalisme lui-même. Depuis les années 30, l’économie avait comme moteur la production de biens « durables » : voitures, machines à laver, réfrégirateurs, etc. Tout le monde au Nord étant équipé et malgré des produits à l’obscolesence accélérée obligeant à les remplacer de plus en plus rapidement, ce moteur s’est durablement essoufflé. On comptait sur de nouveaux produits pour prendre la suite : informatique, internet, économie de l’information… Ce ne fut pas le cas, notamment parce qu’ils nécessitent moins de main-d’œuvre et distribuent donc moins de pouvoir d’achat. Quels besoins – respectant en même temps la planète – pour prendre le relais de la relance de l’activité et de l’emploi ?

La société exprime de manière croissante des besoins sociaux (éducation, santé, animation sociale..) et environnementaux (entretien et remises en état et gestion des écosystèmes par exemple). Souvent, ce sont les collectivités publiques et en particulier locales (ou leur argent) et les entreprises d’insertion, solidaires ou alternatives qui y répondent plus que l’économie privée classique. L’argent public doit-il continuer à alimenter le moteur essoufflé du vieux capitalisme ou de cette nouvelle économie écologique et solidaire ? Les entreprises d’insertion n’insèrent pas que des personnes en difficulté : elles insèrent une autre logique (plus fraternelle, humaine, coopérative) dans le capitalisme et insèrent notre présent dans le futur d’un monde qui n’aura plus grand chose à voir avec celui que nous connaissons.