Têtue et séduisante par Albert Billon

Quand Armor Lux a annoncé le recrutement d’une vingtaine de couturières, qui plus est à former, tout le monde est resté pantois. Plus d’un s’est dit qu’il s’agissait sans doute d’un joli coup de pub concocté par Jean-Guy Le Floc’h, devenu expert en communication. Comment une entreprise de textile fortement concurrencée par les pays méditerranéens, l’Inde ou le Bengladesh pourrait-elle envisager de créer de l’emploi en France, que dis-je, en Finistère ? Comment un « vieux » métier de mécanicienne en confection pourrait-il attirer des jeunes ?
Si le pari reste audacieux, il est avant tout volontariste et témoigne d’une foi inébranlable de ses dirigeants dans leurs capacités à relever des défis industriels et financiers. Convaincu que son avenir ne se jouera pas exclusivement sur les coûts de main d’oeuvre, nettement supérieurs en Europe ; fort d’une complémentarité trouvée en Tunisie par exemple, Armor Lux fait le pari de produire français à partir d’un savoir-faire industriel pointu, adossé à des lignes de produits dans l’air du temps. Le tout porté par une image d’entreprise avant-gardiste sur le plan éthique et culturel. Un corps de fer dans une robe de satin … ou plus exactement en coton équitable. La belle est têtue et séduisante.
Les enjeux sont emblématiques des nombreux défis que nous avons collectivement à relever. Il faudra en effet transmettre et transférer les savoirfaire de nos anciens partis à la retraite. Il faudra accueillir et former nos jeunes, y compris dans des métiers en voie de disparition. Il faudra marier nouvelles technologies et compétences « intuitives » non écrites. Tradition et modernité. Il faudra surtout des chefs d’entreprises capables de relever le défi de la compétitivité intelligente, certes attentive aux coûts de production, mais également tourné vers l’innovation, la valeur ajoutée et le savoir-faire de ses salariés. Avec une volonté farouche de mieux maîtriser les circuits de distribution.
Quand quelque 400 candidates répondent de manière spontanée à la proposition d’Armor Lux, on touche du doigt une forme d’exemplarité : un vrai métier, une vraie attention à conserver ses compétences, une image jeune et dynamique, des produits bien identifiés et une communication bien maîtrisée. C’est tout le génie de Jean-Guy Le Floc’h et de Michel Gueguen, le financier et l’industriel, d’avoir su transformer une « bonnèterie » en un vaisseau amiral au mât duquel flottent les couleurs de l’excellence, en lignes rayées, en « gwenn ha du et boute au vent ».

N’est-il pas ?