Questions à Claude Bonnard, responsable du Théâtre de la Corniche à Morlaix

Claude Bonnard

La culture pour tous, c’est une utopie ?
Non puisque la culture, c’est ce que l’on vit. Elle peut être sportive, oenologique, d’entreprise… Ceux qui estiment que la culture n’est pas faite pour eux se trompent. La pratique artistique n’est peut-être pas à la portée de tout le monde, mais la culture, elle, constitue un bien commun. Elle n’a rien d’élitiste et peut se limiter aux séries télé, même s’il est dommage de se contenter d’appuyer sur un bouton. Il faut renverser les barrières. Personne n’est responsable, propriétaire, dépositaire de la culture !

Quels sont les principaux atouts du Finistère ?
La culture, c’est aussi ce que l’on a vécu : les patrimoines linguistiques, architecturaux, religieux… On ne peut se contenter d’enfermer ces richesses dans des musées où l’on viendrait s’abriter. Pour promouvoir ces richesses, le Finistère a la chance de posséder un tissu associatif très dynamique, y compris dans le domaine de la valorisation du patrimoine. Des associations se créent régulièrement pour la réhabilitation d’un monument, pour qu’une chapelle sorte de ses ronces…

En quoi le Théâtre de la Corniche est-il un acteur du tourisme durable ?
Nous nous appuyons sur l’histoire des lieux pour créer des spectacles populaires*. Nous ne cherchons pas à organiser des reconstitutions, à dénicher la photo qui n’existe pas. Notre objectif est de retranscrire, d’une façon subjective, le climat et les enjeux de l’époque. On constate ainsi que les problématiques de délocalisation et de concurrence déloyale, par exemple, existaient déjà il y a fort longtemps. Cela permet de relativiser, de mettre en perspective… Nous travaillons à partir de sources d’inspiration locales, avec des comédiens locaux. Notre bilan carbone est donc égal à zéro !

Les « circuits courts » peuvent-ils suffire ?
Il serait souhaitable de trouver un juste équilibre entre les circuits courts culturels et les opérations de prestige, telles que les grands festivals, qui valorisent le territoire au loin. Les deux sont indispensables et complémentaires.

L’excellence académique bretonne constitue-t-elle un avantage concurrentiel ?
L’éducation ne suffit pas à éveiller l’esprit lorsqu’elle se limite au cadre strict des programmes. Ce n’est pas parce l’on aura appris Molière par coeur que l’on éprouvera l’envie de découvrir autre chose. On peut être un excellent élève sans être un bon spectateur.

*Le Théâtre de la Corniche organise tout l’été des visites contées et historiques du Château du Taureau en baie de Morlaix Programme : www.chateaudutaureau.com