Réparations solidaires à Carhaix

À Carhaix, les salariés en insertion du garage solidaire réparent les voitures de personnes à faibles revenus.

Sans voiture ou permis de conduite, se déplacer pour se rendre sur son lieu de travail peut rapidement devenir un vrai casse-tête. Patrick vit cette situation au quotidien. Chaque matin, à 6 h 10, il enfourche son cyclomoteur dans son quartier de Douarnenez et prend la direction de la gare de Quimper. Là, il monte dans le train de 6 h 50 à destination de Rosporden. Après 11 minutes de voyage, il attend une demi-heure en gare routière le bus qui l’emmène jusqu’à Carhaix. Ne lui reste plus alors que… 15 minutes de marche jusqu’à son lieu de travail, le garage solidaire de Carhaix. Il est 9 h 10, sa journée ne fait que commencer. « Il est très courageux, commente l’un de ses collègues d’atelier. Le soir, le bus vient le chercher ici à 16 h 45. Mais il n’arrive chez lui qu’à 20 h 30. J’espère qu’il ne va pas s’épuiser. »

Reprendre goût au travail

Le garage solidaire est un vrai garage, mais pas tout à fait comme les autres. Quinze de ses vingt salariés y travaillent en contrat d’insertion (11 sont financés par le Conseil général du Finistère, 2 par celui des Côtes-d’Armor et 2 sont des contrats jeunes). Ils sont encadrés par 5 personnes dont 2 chefs d’atelier mécaniciens chevronnés.
« Notre vocation est avant tout de permettre à des gens en difficulté de reprendre goût au travail et à la vie sociale. Ce projet n’a pu voir le jour que parce qu’il était porté par une association solide et un élu, Richard Ferrand, qui a porté le projet. Nous avions la volonté d’aller jusqu’au bout », assure Yves Morvan, président du Moto club des Montagnes noires qui a créé ce chantier d’insertion en novembre 2007.
« Le but est que les salariés trouvent un travail à l’issue des 6 à 24 mois passés avec nous. Ils réapprennent à se lever le matin et à respecter des horaires de travail, ce qui les change souvent de la vie d’avant. Les compétences en mécanique, ils les acquièrent au fil du temps. À nous de débusquer les talents cachés de chacun. Il y en a toujours… », poursuit Gérard Hammerville, l’un des deux chefs d’atelier.
En quatre ans, 57 salariés ont été formés au garage solidaire. Une quarantaine d’entre eux ont trouvé un emploi en CCD ou CDI ou ont débuté une formation qualifiante à leur sortie du chantier d’insertion. Tout au long de leur séjour, ils sont accompagnés par Christine Ziegler. Elle les aide à construire leur projet professionnel. Ils s’orientent la plupart du temps vers les métiers du bâtiment, de la logistique, de l’agriculture… ou bien sûr, de la mécanique.

Location et vente de véhicules

Ce garage est aussi solidaire car ses onze salariés en insertion reprennent pied en réparant, exclusivement, les véhicules de personnes bénéficiant de minimas sociaux. La facture y est beaucoup moins chère que dans un garage classique. 35 euros pour une vidange, filtres compris, par exemple. « Notre objectif n’est pas de faire des bénéfices mais de rendre leur mobilité à des personnes qui ont très peu de moyens. Nous leur permettons de continuer d’aller au travail. Nous sommes moins chers car nous n’avons pas les mêmes charges salariales que les autres garages », reconnaît Yves Morvan. En 2011, 600 véhicules ont été réparés. « Nous ne faisons pas de concurrence aux autres garagistes avec qui nous entretenons de bonnes relations. Notre clientèle n’irait de toute façon pas chez eux et risquerait de faire appel au travail au noir. »
Le garage solidaire propose également 15 voitures à la location. L’an passé 123 personnes ont pu bénéficier du tarif à 5 euros la journée. 250 000 kilomètres sont été parcourus en 4 000 jours. Des jeunes, sans moyens financiers pour acheter une voiture ont ainsi pu accepter une première mission d’intérim. « Conduire une voiture permet d’avoir une liberté d’aller et venir, de trouver un stage où tout simplement de partir en week-end ».
Dans ce même but, 79 véhicules d’occasion, remis en état par les mécanos du garage solidaire, ont été vendus en 2011 au tarif moyen de 1 281 euros (3 199 euros pour les utilitaires). « Nous les achetons à bas prix à des concessions automobiles. Nous avons également signé des conventions avec le Conseil général du Finistère, les villes de Douarnenez et de Quimper qui nous vendent des véhicules. » Cette année, 200 véhicules d’occasion devraient être vendus à bas prix. Permettant à autant de familles de retrouver leur mobilité.

DES ACTIONS POUR LA MOBILITÉ ET L’EMPLOI

Plusieurs associations se mobilisent sur les quatre Pays finistériens pour accompagner les bénéficiaires de minimas sociaux ou les jeunes de moins de 26 ans vers la mobilité (trajets domicile-travail, rendez-vous médicaux, formation…). Ces structures sont soutenues par les collectivités locales. Différentes prestations sont proposées par Mobil’Emploi à Quimper, D.Place à Morlaix, En route pour l’Emploi à Brest et le Garage solidaire à Carhaix : location de véhicules ou de deux roues à bas prix, service de navettes, réparation ou vente de véhicules. D’autres associations (Fondation Massé Trévidy pour le Sud-Finistère, Don Bosco pour les Pays de Morlaix et de Brest) sont engagées dans la formation au permis de conduire.
Objectif : aider les personnes qui n’ont pas accès aux auto-écoles commerciales ou qui ont des difficulté d’apprentissage à préparer code de la route et conduite automobile.