N’est pas mobile qui veut par Armelle Huruguen

La mobilité des jeunes est tout autant un phénomène physique au sens déplacement que psychologique au sens du dépassement des barrières et des représentations en termes de formation et de métier par exemple. De fait, cette capacité à être mobile dans sa tête et dans l’espace est un facteur profond d’inégalités, voire d’injustices.

Pour les jeunes Bretons en recherche d’insertion accompagnés par les Missions Locales -ils étaient 48 000 en 2011- certaines contraintes sont accrues. Elles sont principalement liées à :
– l’inadéquation de l’offre de mobilité pour certains trajets et/ou l’éloignement en zone rurale.
– la multiplicité de situations des jeunes qui peuvent pendant une période donnée être à la fois en emploi ou en recherche d’emploi et en formation. Il leur faut se rendre sur leur lieu de travail, mais également se rendre sur leur lieu de formation et régulièrement « conjuguer » avec plusieurs lieux de vie lorsque les lieux de travail et de formation sont éloignés par exemple.
– l’instabilité professionnelle. L’emploi des jeunes se caractérise par de l’emploi à temps partiel, à durée déterminée, de l’intérim, des aller-retour entre périodes de chômage, de formation, d’emploi.

De plus, l’impératif de mobilité est plus important pour les jeunes qui accèdent à des emplois peu qualifiés ou atypiques (cumul d’emplois à temps partiels, CDD, intérim, travail de nuit ou en horaires décalés…). L’accession au permis de conduire est rendue plus compliquée pour un certain nombre de ces jeunes puisqu’un corollaire peut être établi entre le niveau de formation et l’obtention du permis : plus le niveau de formation est élevé, plus la part des jeunes qui obtiennent le permis augmente.
Je ne peux à cet endroit passer sous silence le coût important du permis au regard du nombre de leçons nécessaires notamment en cas d’échec(s). D’ailleurs, si le permis renforce l’accès à l’autonomie, se pose immédiatement la question de l’accès à un véhicule, de la manière dont on l’assure, dont on l’entretient…
Des solutions sont donc trouvées par les conseillers des Missions Locales : cela va de la mobilisation d’aides financières – déplacement, permis…-, à l’atelier de location/prêt de 2 roues (cyclomoteur, vélo), en passant par la mise en place de transport à la demande ou encore l’accès à un garage social (pour réparer à moindre coût)… Le développement des transports collectifs remporte un certain succès chez les jeunes, pour autant qu’ils puissent répondre à leurs attentes. Si des efforts notables ont été effectués ces dernières années, il s’agit d’approcher désormais plus finement sur les territoires de vie tous les freins qui font obstacle aux déplacements. Il y va de l’avenir de la capacité des entreprises à recruter.