Mobilité durable par Claude Vautrin

Souvenez-vous : les premiers gazouillis du nouveau-né émerveillé par la ronde colorée du mobile. Le monde extérieur en mouvement s’offre à lui. J’aime privilégier cette image à la course incessante des ondes des téléphones portables, donc mobiles, dont on ne mesure pas toujours bien les effets sur la santé. Entre autres désagréments façon pollution sonore et intimité imposée. La mobilité, comme tout concept, tout vécu, est donc ambivalence, n’est en rien vérité toute faite. Il en a fallu pourtant du mouvement à l’humanité pour survivre. Chasse au mammouth hier, quête de terres nourricières ensuite, échanges commerciaux ou… guerriers. Nouvelle ambiguïté du terme voulant que bouger soit aussi tuer, voler – l’or des Incas ou le bois d’Afrique – pour finalement coloniser, donc se figer. La donne a-t-elle changé ?

Personne ne niera les bienfaits des mobilités professionnelles et sociales, quoiqu’en la matière les tendances en cours soient plutôt à la régression. La jeunesse en quête d’emploi en sait quelque chose ! Et les salariés transbahutés, s’ils échappent au chômage, d’un site industriel à l’autre pour cause de restructuration tout autant. En matière de circulation des personnes, des biens et de consommation, il est en revanche de plus en plus question de circuit court. Révélation d’un monde qui n’en peut plus des excès en tout genre ? Peut-être. Prise de conscience aussi qu’à force de jouer la carte planétaire, trop de nos savoir-faire disparaissent, avec au bout du compte une dépendance menaçante. Alors travaillons, développons cette mobilité là. Courte, durable bien évidemment, en sachant donc qu’elle porte en elle des vertus sociales. Mobilité économe en énergie, et accessible à tous. Pour permettre demain à l’enfant roi, devenu adulte, de ne voir dans le mouvement que la course maîtrisée et solidaire du mobile de ses rêves d’hier.