Des transports pleins de contradictions par Stéphane Lavignotte

La politique des transports semble faire consensus : tous le monde aime TGV, trams et TER. Pourtant, des indices nous indiquent que quelque chose cloche dans cet unanisme : des écolos s’opposent au TGV Lyon-Turin ou à la LGV au Pays Basque ; depuis 1990, jamais trains et voitures n’ont été aussi peu polluants et pourtant la quantité totale de CO2 émise par le secteur des transports n’a cessé d’augmenter.
Avons-nous pris en compte toute la complexité du problème des transports ? Une première contradiction est entre écologie et augmentation des mobilités. Depuis des décennies on insiste sur la façon de se transporter : les marchandises sur rail plutôt que sur route ; les voyageurs en tram plutôt qu’en voitures. Mais à un moment la qualité est rattrapée par la quantité : si mon moyen de transport est trois fois moins polluant mais que je vais trois fois plus loin, c’est raté, c’est « l’effet rebond ». Aller plus vite, plus loin, de manière plus confortable et moins chre incite à multiplier les transports et, de manière plus lourde, alimente l’évolution d’une économie de plus en plus européanisée et mondialisée. Il faudrait justement faire le contraire : comment la politique des transports pourrait-elle inciter à la relocatisation ?
Une deuxième contradiction est entre écologie et marché. Les distances travail-habitat augmentent de plus en plus et les infrastructures – route comme transports en commun – enflent sans cesse pour répondre à ces besoins. Si les entreprises partent plus loin des habitations et les travailleurs habitent plus loin de leur travail, ce n’est pas toujours par choix. Combien de personnes doivent touver un logement loin de leur lieu de travail en raison de l’explosion des prix de l’habitat ? Une politique des transports écologique n’est pas qu’une politique des transports mais aussi une politique de maîtrise des prix du foncier ou de l’immobilier et donc est amenée à contrarier le libre jeu du marché.
La troisième contradiction est entre intérêt général et choix individuel. Qui n’a pas envie d’habiter une jolie maison au vert plutôt qu’une cité à l’abandon ? Mais ce choix individuellement honorable a collectivement un coût collectif en termes de pollution liées aux transports. On voit encore qu’une politique écologique des transports c’est aussi une politique pour un logement social de qualité. Mais au-delà ? Quelle part récriproque pour l’incitation et la contrainte ? La prise de conscience et le bonheur personnel ? C’est sans doute la contradiction la plus redoutable…