Sous la manace du black-out en Finistère…

Pylones électriques de RTE

Que risquent les Finistériens en cas de pic de consommation hivernal excédant les capacités du réseau ? Réponse de Didier Bény, directeur de Réseau de Transport d’Électricité Ouest.

La Bretagne est une « péninsule électrique », comme sa lointaine cousine de Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Elle ne produit actuellement que 8 à 10% de l’électricité qu’elle consomme. L’essentiel de son alimentation est acheminée par RTE* (Réseau de Transport d’Électricité) via des « autoroutes » (400 000 volts) et « nationales » (225 000 volts). Parmi les principaux fournisseurs : des centrales nucléaires (Flamanville dans le Cotentin, Chinon en Indre-et-Loire…) et la centrale (charbon, fioul) de Cordemais, près de Nantes, le plus important site thermique français.

Les 8 à 10% produits dans la région sont fournis par les éoliennes terrestres, les turbines à combustion (TAC) de Brennilis et Dirinon et l’usine marémotrice de la Rance. Produire aussi peu rend fragile ! Ainsi, le 1er décembre 2010, jour glacial, la consommation d’électricité en Bretagne a bondi de 30%. « Ce type de situation porte le réseau au maximum de ses capacités. En cas de problème ou d’avarie grave, nous risquons de ne plus être en mesure d’alimenter l’ensemble des consommateurs bretons », affirme Didier Bény, directeur de RTE Ouest. Ce d’autant plus que la croissance de la consommation électrique en Bretagne est deux fois supérieure à la moyenne nationale, en grande partie pour des raisons démographiques. L’axe nord – Rennes-Saint-Brieuc- est particulièrement vulnérable lors des pics de consommation. Les Côtes-d’Armor et l’est du Finistère sont les plus exposés. 150 000 personnes pourraient être concernées par un black out. Beaucoup se joue dans l’estuaire de la Loire. En cas d’avarie majeure à la centrale thermique de Cordemais, qui assume un rôle stratégique dans l’alimentation électrique de la Bretagne, on pourrait vivre un phénomène d’écroulement de tension, assimilable à l’effondrement d’un château de cartes. Un précédent existe. Le 12 janvier 2007, l’ensemble des tranches de la centrale de Cordemais s’étaient trouvées paralysées dans une situation de grand froid et de gel de la Loire. L’ampleur de l’incident avait impacté un tiers de l’hexagone. Aujourd’hui, dans ce cas de figure, la Bretagne serait « isolée » afin d’éviter une semblable propagation. Mais un million et demi de Bretons risqueraient de dîner aux chandelles. Pour combien de temps ? « La probabilité d’occurrence d’un tel évènement est relativement faible », souligne Didier Bény. « En 1987, le rétablissement s’était opéré dans la journée », indique-t-il. Au pire, en fonction du scénario, la perturbation pourrait durer cinq jours. Des rotations seraient alors mises en œuvre afin de répartir équitablement l’énergie disponible. En tout état de cause, l’alimentation prioritaire des hôpitaux, maisons de retraites… demeurerait garantie. La sécurisation du réseau – 3e branche d’un Triskell breton auquel concourt intégralement RTE – est d’autant plus urgente que les turnines à combustion de Brennilis et Dirinon risquent fort de se retrouver hors normes environnementales dès 2015. Dans ce contexte, le responsable du réseau de transport d’électricité va construire un « filet de sécurité » entre Lorient et Saint-Brieuc. Cette liaison souterraine à 225 000 volts, d’une longueur d’environ 90 km, devrait être opérationnelle en 2017. Début avril 2012, l’Etat devrait par ailleurs choisir l’opérateur et la localisation de la nouvelle centrale combiné gaz bretonne prévue dans l’aire de Brest. RTE dispose à cette fin de trois postes de raccordement possibles. Quelle que soit la décision prise, l’équipement ne sera pas opérationnel avant 2016-2017. Il reste donc quelques hivers délicats à passer…

*Créé le 1er juillet 2000, société anonyme depuis 2005, EDF en est actionnaire à 100%. Ses missions : transport d’électricité et gestion du système électrique.
Plus d’infos : www.rte-france.com