Pour une vraie politique d’intégration des jeunes par Albert Billon

Au cœur de la campagne électorale en cours, pour l’élection de notre futur Président de la République, les principaux candidats ont placé l’avenir de nos jeunes au centre de leurs préoccupations. Pourtant depuis la fin des années 70 et les premiers plans « Barre », nos gouvernants n’ont eu de cesse de déclarer la « cause » des jeunes, priorité nationale. Malgré quelques succès conjoncturels, force est de constater que la place des jeunes dans le monde du travail reste très faible (au même titre d’ailleurs que les seniors).
Depuis plus de 30 ans, 120 à 150 000 jeunes sortent du système scolaire, chaque année, sans qualification. Malgré des plans de relance à répétition, l’apprentissage ne décolle pas vraiment… Pourtant, notre système éducatif est réputé performant et le monde de l’entreprise, ouvert et accueillant….
Quitte à froisser quelques idées, je crois qu’il est temps de revisiter nos modèles en vigueur pour défendre un peu plus une culture de l’intégration. Il ne s’agit plus de régler un problème de chômage mais d’opérer un autre choix de société.  Je considère que le rôle premier de l’Education Nationale, en particulier sur le cycle primaire puis jusqu’en 3e, consiste d’abord à « armer » le jeune dans sa capacité à comprendre et à formuler des choix, à étayer sa lecture du monde ou à s’adapter à un environnement de plus en plus mouvant. Sa mission première est éducative. L’accès aux savoir-faire, aux outils, aux techniques, à la performance, devrait relever d’un nouveau rapport à construire, entre l’Ecole et l’Entreprise. De fait, l’Apprenant (ou l’Apprenti) doit avoir un statut particulier, protégé comme il se doit, sujet (et non pas objet) de toutes les attentions. Il n’est pas une charge (de personnel) mais une ressource parce que d’abord à considérer comme un investissement. De ce point de vue, il pourrait être intégralement pris en charge par la solidarité nationale.
Il ne suffit pas de décréter que l’Ecole va préparer ou former nos jeunes aux besoins de l’entreprise et d’autre part déclarer ipso facto que toute entreprise peut former des apprentis, pour que le problème soit réglé. L’art de transmettre  est un métier autant qu’une fonction, que l’on retrouve entre les mains des enseignants, mais que l’on devrait également retrouver au cœur des entreprises.
Faire de l’intégration des jeunes dans le monde du travail une vraie priorité, ce sera d’abord une révolution culturelle qui obligera l’entreprise à s’organiser (accueil, accompagnement, formation) pour guider le jeune et le mener à la réalisation de sa construction professionnelle, en s’appuyant sur des espaces formation comme autant de lieux ressources multifonctionnelles (intellectuelles, culturelles) mais aussi humaines. En donnant notamment aux seniors, la responsabilité de former et de transmettre leurs acquis. Comme pour la parité ou le handicap, en France, seul le recours à la Loi pourra durablement faire avance les choses – la carotte et le bâton – et donner à notre jeunesse un peu d’espérance.
N’est-il pas ?