Pour plus d’emplois durables… par Albert Billon

La crise a mis en évidence la fragilité du travail et des travailleurs. Ou plus exactement notre capacité collective à les rémunérer. Dans certains cas, en raison de l’absence, voire de l’obsolescence de certaines compétences, ils se sont trouvés inadaptés aux processus de production. Ou plus exactement aux coûts d’un marché mondialisé. Demain, en raison de ces tensions extrêmes, il faudra donc former une main d’œuvre qui disposera d’une plus grande capacité d’adaptation aux changements et d’une plus grande mobilité inter sectorielle. Ainsi, il faudra investir dans le domaine des « compétences génériques » et transversales, dans une logique de formation, tout au long de la vie. L’économie du savoir mettra de plus en plus en évidence cette idée finalement assez simple – mais d’une puissance réelle – que demain, nous devrons nous appuyer sur des individus « capables de résoudre des problèmes » et d’innover dans les réponses à y apporter. Je crois qu’il existe un début de consensus pour admettre que la productivité – et donc ses gains – ne peuvent être réalisés qu’à partir d’une « innovation » incrémentale qui consiste à « apprendre en faisant », sur le lieu de travail. Sur le tas comme dirait mon grand-père… En admettant que la compétence est une capacité éprouvée – mise à l’épreuve réussie – dans un temps et un lieu donnés.

La crise a aussi permis de prendre conscience de l’extrême vulnérabilité des économies dites modernes et des inégalités croissantes sur le marché du travail. Globalement, la période de croissance économique qui a précédé, n’a apporté que peu d’amélioration dans le niveau de vie de nombreuses personnes. Pour beaucoup, les salaires ont stagné et les inégalités de revenus ont augmenté. Les territoires qui réussiront à rebondir le mieux, ne seront-il pas ceux qui auront su se spécialiser dans certains secteurs économiques et qui auront su conserver suffisamment de flexibilité pour tirer parti de nouvelles opportunités ? Technologies vertes ou services à la personne par exemples pourraient s’avérer des ressources précieuses en création d’emplois. Dans tous les cas, au-delà de la quantité et du nombre d’emplois, nous aurons de plus en plus à nous interroger sur sa qualité dont la durabilité sera l’un des indicateurs, au même titre que ses conditions de mise en œuvre ou sa rémunération. Je suis convaincu qu’avec l’allongement du temps de travail et de la durée de vie, des questions comme la santé au travail, les mobilités professionnelles, le décloisonnement des lieux et des temps de travail, la responsabilisation et/ou l’autonomie croissante des salariés, par exemples, seront autant de défis et de cadres à construire collectivement.

Partant de là, je suis convaincu que nous avons besoin d’échanger, de partager ou de confronter nos analyses et nos réflexions. En nous appuyant sur les expériences réussies des uns et des échecs des autres ; en suscitant les innovations économiques et sociales ; en fabriquant de l’expertise ; par la pensée et l’action valorisées, nous progresserons collectivement. L’espace ouvert par EN LIENS doit être le réceptacle et la catapulte de toutes ces confrontations.

N’est-il pas ?