Lien, source de libération par Claude Vautrin

Le lien ! Outil servant à ligoter, donc à brimer, pour le moins priver de mouvement, ou dispositif ouvrant au contraire à l’échange, la rencontre ? Comme tout concept, tout symbole, reflétant à vrai dire la complexité de l’être humain, le mot ne porte-t-il pas en lui le blanc et le noir, une vérité et son contraire ? Regardons-le positivement, en une vision qui réveille en nous des expressions aussi généreuses qu’exigeantes – malheureusement parfois un tantinet dénaturées – que sont le lien social qui sous-tend la cohésion éponyme, le lien qui unit l’homme à son environnement et qui a, lui, pour corollaire la conscience, pour chantier le développement durable, et, pour valeur première, la solidarité entre les humains, mais aussi avec la nature sans laquelle nous ne serions rien.

Qu’on le veuille ou non, et aussi forte soit cette volonté de refuser le repli sur soi il est vrai suicidaire, il n’y a pas moins une prise de risque à se confronter – sur le plan des idées, des projets, des engagements… – à l’autre. Pour autant le fondement de l’humain reste bien l’éternel besoin de l’autre. Celui qui, dans l’altérité, ouvre justement des portes, des voies nouvelles à travers les territoires inconnus dans lesquels nous évoluons, nous cheminons nécessairement aujourd’hui : les changements sociétaux, les évolutions scientifiques, les pressions parfois insupportables de l’économie, la révolte des éléments naturels…

Le lien resserré avec autrui est alors source de compréhension, d’adaptation et pourquoi pas de libération, dans le sens où il nous révèle, à travers l’approche de la différence, des forces intérieures, parfois insoupçonnées, capables de favoriser la réalisation de tout homme et au-delà d’activer un projet sociétal digne de ce nom. Là est d’abord la vertu du lien à l’autre, à l’univers et aux forces qui s’y expriment. Les actuels progrès de la physique qui amènent à une vision multidimensionnelle de l’univers, nous rapprochent au fond petit à petit d’une conception indéterministe du monde où l’être humain reprend toute sa place, à commencer par sa liberté, nous y invitent. Il convient donc de s’y préparer, de s’y activer, en gardant à l’esprit une perspective humaniste qui passe par le renforcement des solidarités – donc l’émergence de liens nouveaux – et rejette le seul appât du gain spéculatif. Les physiciens nous y invitent donc, comme les rappels à la raison des philosophes. Comme Edgar Morin le soutient, mettons la vie elle-même au cœur de toutes nos préoccupations. Nous sommes les Intendants de la Terre et le service de la vie est le premier service. Aucune Civilisation ne peut survivre en oubliant ce principe.